Forêts - Gestes à poser

1. Le profil en bref

La forêt recouvre actuellement le quart des terres émergées de l’archipel. En comparaison, les chercheurs estiment que 80 % du territoire était forestier avant la colonisation. De grands efforts de reboisement déployés depuis 1988 ont permis de reconstituer une partie (9 %) du couvert abattu.

Les écosystèmes forestiers fournissent des services écologiques jugés essentiels à la qualité de vie sur les Îles : la forêt consolide les sols et limite leur érosion éolienne et hydrique; elle favorise la régulation, la filtration et le captage des eaux, donc le réapprovisionnement des nappes souterraines; elle offre un habitat à une diversité de plantes, de lichens, de champignons et d’animaux; elle diminue la concentration du gaz carbonique dans l’atmosphère; et enfin, les sentiers qui la sillonnent et les paysages qu’elle caractérise sont chers aux Madelinots. Ces services sont largement reconnus par les acteurs, mais leur valeur réelle et les processus qui les soutiennent n’ont pas été bien évalués et mesurés. Très peu de recherches scientifiques en foresterie ou en écologie forestière ont été menées aux Îles au cours des 30 à 40 dernières années.

Par ailleurs, on connaît mal les taux actuels de déforestation, mais elle persiste, tant sur les terres publiques que privées. Les pertes de superficie et la fragmentation des zones forestières sont principalement liées à l’expansion domiciliaire, et à la multiplication et l’élargissement des sentiers récréatifs. Vu les conditions climatiques prévalant sur les îles, les forêts sont également très vulnérables à la fragmentation et à la destruction du manteau protecteur que forment les peuplements de la forêt rabougrie et de la pessière à kalmia. Enfin, 75 % du couvert forestier se retrouve sur des lots privés, sur lesquels les capacités d’encadrement semblent limitées.

Pour plus d'information :
> lire le profil complet du milieu.
> lire le bilan des actions posées jusqu'à maintenant.

2. Risque

La perte et la dégradation des milieux forestiers.

  • Les acteurs jugent ce risque probable sur l’île du Cap-aux-Meules (on estime qu’il a entre 60 et 80 % de chances de survenir), moyennement probable à Havre-aux-Maisons (40 à 60 %), peu probable sur les îles de Grande-Entrée et Grosse-Île (20 à 40 %) et très peu probable sur l’île du Havre-Aubert et sur l’île d’Entrée. La tendance de cette probabilité est à la hausse à Cap-aux-Meules, en légère augmentation à Havre-aux-Maisons et stable ailleurs.
  • Étendue spatiale : ce risque est plus manifeste sur les îles du Cap-aux-Meules et de Havre-aux-Maisons.
  • Étendue temporelle : ce risque est réparti sur toute l’année.
  • Les impacts liés à ce risque ont été identifiés et les acteurs ont jugé ensemble de leur gravité.    

Voir la grille d’évaluation des impacts.

3. Enjeu

Lutter contre la dégradation du couvert forestier de manière ciblée, sur les terres où la forêt est à la fois vulnérable et essentielle à la qualité de vie, étant donné les services écosystémiques qu’elle rend.

4. Gestes à poser

4.1. Option 1. Renforcer les capacités d’action localement.

Établir les priorités, coordonner les efforts, clarifier les mandats et assurer le financement des activités de gestion.

  1. Réunir un comité de travail sur la forêt, faisant intervenir les municipalités des Îles et de Grosse-Île, le MRNF, le MDDEP, le CERMIM, Attention FragÎles, le Comité ZIP et la Société de conservation des Îles-de-la-Madeleine (SCÎM) afin de :
    1. Établir les priorités d’intervention sur le territoire ;
    2. Clarifier le mandat des acteurs locaux et régionaux et les aspects de gouvernance liés à la protection et à la restauration des milieux forestiers situés en terres publiques ;
    3. Assurer le financement des interventions de gestion jugées prioritaires:
      • Sécuriser le financement du Programme de protection et de mise en valeur du couvert forestier et identifier les sources de financement complémentaires;
      • Analyser les avantages et les coûts associés aux différents outils de délégation du MRNF pour la gestion du territoire public.
  2. Insérer la question relative à la protection et au renforcement des milieux forestiers dans un Plan de lutte et d’adaptation aux changements climatiques.
  3. Améliorer les connaissances sur la forêt, en particulier aux fins suivantes :
    1. Identifier les écosystèmes forestiers qui contribuent le plus fortement au réapprovisionnement des nappes et à l’atténuation de l’érosion (des sols, du littoral, des dunes). Au besoin, investiguer les processus à l’œuvre.
    2. Évaluer l’état de santé actuel des forêts et identifier les zones les plus vulnérables [1] sur le territoire (inclure une évaluation des sols et du réseau hydrique associés à ces forêts).
    3. Poursuivre l'identification des pressions naturelles et anthropiques sur les écosystèmes forestiers et analyser leur influence sur la régénération naturelle et la qualité des peuplements.
    4. Au moyen d’une analyse cartographique, identifier les lots sur lesquels les forêts sont à la fois estimées essentielles vu les services qu’elles rendent, et à la fois jugées vulnérables étant donné leur état ou la nature des pressions qui s’exercent sur elles. Pour y arriver, mettre à jour les bases de données cartographiques sur la forêt.

4.2. Option 2. Reconstituer et entretenir les écosystèmes forestiers jugés prioritaires.

  1. Sur les lots jugés prioritaires à la suite de l'analyse cartographique (proposée dans l'option 1), reconstituer et entretenir les forêts. L'entretien vise notamment à réduire les pressions naturelles qui entravent la régénération: compétition herbacée, fragmentation, faible biodiversité, insectes, rongeurs, espèces végétales envahissantes, etc.

    Analyse cartographique_a   Analyse cartographique_b

    1. Sur les lots appartenant au domaine public : poursuivre les efforts de reboisement et d’entretien réalisés dans les années passées ; entretenir également les zones qui n’ont pas été reboisées mais dont l’état de santé le commande ; parfaire au besoin la formation de la main-d’œuvre locale.
    2. Sur les lots privés : accompagner les citoyens qui désirent entretenir et/ou reconstituer leurs boisés ; poursuivre l’initiative visant à fournir gratuitement des arbres aux citoyens ; développer une formation technique pour améliorer le succès des plantations ; à cette fin, mettre à jour les guides éducatifs réalisés en 1994.
    3. Coordonner les travaux des acteurs locaux et lorsque possible, regrouper les citoyens et les acteurs publics dont les lots forment un même écosystème forestier, afin d’inciter les uns et les autres à agir ensemble pour le renforcer/reconstituer et ainsi réduire la fragmentation du couvert.
      • Encourager les propriétaires privés à participer à la conservation de ces milieux au moyen d'outils tels que: la déclaration d’intention, la convention entre propriétaires ou l’entente de protection, d’aménagement et de mise en valeur (SCÎM).
    4. Étudier le comportement des espèces arborescentes exotiques avant de les introduire sur des superficies plus importantes. Évaluer la présence et l'impact des espèces floristiques potentiellement envahissantes.
    5. Évaluer l’impact du lièvre d’Amérique sur la repousse des plants et l’impact des insectes ravageurs sur la santé des peuplements. Au besoin, en améliorer le contrôle.
  2. Réaliser un projet-pilote afin d’évaluer le potentiel de l’implantation de haies brise-vent pour atténuer l’érosion du littoral et l’érosion des sols (notamment les sols des milieux ouverts/agricoles).
  3. Réaliser un projet-pilote afin d’évaluer le potentiel des plantations pour réapprovisionner les nappes en eau sur l’île de Pointe-aux-Loups, où le couvert forestier est quasi inexistant et où la superficie disponible pour le captage est réduite.

4.3. Option 3. Réduire les pressions exercées par l’humain sur les milieux forestiers jugés prioritaires.

  1. Dans les zones jugées prioritaires à la suite de l'analyse cartographique (proposée dans l'option 1), limiter la coupe d'arbres.  Pour y arriver: 
    1. Mettre en œuvre la réglementation municipale visant à encadrer la coupe d'arbres, y compris dans les nouvelles zones résidentielles. Former au besoin les agents chargés d’appliquer cette réglementation et de guider le citoyen.
    2. Poursuivre les efforts de sensibilisation et d’éducation visant à créer un consensus social à propos de la nécessité de cette réglementation : informer des bienfaits générés par la forêt.
  2. Dans les zones prioritaires, contrôler la multiplication et l’élargissement des sentiers. Pour y arriver :
    1. Rassembler les utilisateurs d’un même écosystème forestier et dégager une vue d’ensemble des sentiers et des routes qui fragmentent actuellement les forêts.
    2. Développer une stratégie de gestion de ces sentiers qui tienne compte de la vulnérabilité des écosystèmes et de la nature des bienfaits qu’ils rendent.
    3. Au besoin, former les différents clubs à entretenir leurs sentiers et/ou à restaurer ceux qui doivent être fermés, et sensibiliser les utilisateurs aux bienfaits générés par la forêt.
  3. Poursuivre les efforts visant à éliminer les dépotoirs clandestins en milieux forestiers.
  4. Poursuivre les efforts visant la conservation des milieux forestiers : investir dans l'acquisition de certains sites afin de réduire les pressions et contrôler l'utilisation, encourager la conservation volontaire des milieux forestiers par les propriétaires privés en partenariat avec les organisations locales concernées.
  5. De façon générale, poursuivre les efforts d’éducation et de sensibilisation du grand public. Mieux cibler les campagnes dans le but de réduire les pressions sur les forêts. Lorsque possible, inviter les Madelinots à contribuer aux travaux d’entretien, de suivi ou de reconstitution des boisés publics et privés.
  6. Arrimer et coordonner les travaux des acteurs locaux et lorsque possible, regrouper les citoyens et les acteurs publics dont les lots forment un même écosystème forestier.

4.4. Option 4. Mettre en valeur les milieux forestiers afin de les conserver et de les renforcer.

  1. Préserver les sites d'intérêt écologique sur le territoire et déployer leur potentiel éducatif :
    1. Recenser les plantes et les oiseaux rares, ainsi que les espèces ou variétés endémiques en milieux forestiers afin d’identifier les milieux d'intérêt d'un point de vue écologique et éducatif.
    2. Conserver et aménager les milieux écologiques d’intérêt ; évaluer également l’état des forêts dans les zones actuellement conservées – les parcs sociorécréatifs, l’île Brion, la forêt de démonstration, la Pointe-de-l’Est.
    3. Réaliser les travaux d’entretien, d’intendance et d’aménagement jugés nécessaires à leur conservation et au déploiement de leur potentiel éducatif.
  2. Évaluer le potentiel de mise en valeur des ressources par l’exploitation des matières non ligneuses ou la production de biomasse. Prendre soin d’analyser au préalable la valeur des fonctions écologiques et sociales de la forêt afin d’inclure ces variables dans les analyses coûts-avantages [2] sur la question.
    1. Concevoir de façon concertée les conditions d’exploitation qui garantiront le maintien des bénéfices écologiques et sociaux à long terme et mettre en place les moyens d’en assurer le respect.
    2. Évaluer la demande locale en produits ligneux, en considérant l’évolution des besoins domestiques et commerciaux sur un horizon d’au moins 20 ans. Évaluer la capacité du milieu à y subvenir.
    3. Considérer la création de nouveaux boisés et la valorisation des matières résiduelles dans les options de développement.
  3. Poursuivre et bonifier les efforts visant à éduquer et sensibiliser la population et les visiteurs à la forêt.
    1. Poursuivre les efforts visant à mettre en valeur les milieux forestiers dans l’offre touristique. Poursuivre le déploiement du potentiel éducatif des parcs et aménagements actuels.
    2. Sensibiliser les utilisateurs aux bonnes méthodes de cueillette (champignons, petits fruits, plantes médicinales) et d’abattage d’arbres.
    3. Poursuivre les efforts visant à développer un programme de protection et de mise en valeur des habitats auprès des propriétaires de boisés (feuillet d'observation, etc.).
    4. Poursuivre les efforts visant à développer des activités éducatives destinées au milieu scolaire. Développer en particulier le programme éducatif destiné aux jeunes du secondaire et du CÉGEP.
1.
La vulnérabilité est le résultat de l’interaction de l’exposition aux aléas, de la sensibilité aux aléas et de la capacité d’adaptation.
2.
L’analyse coûts-avantages consiste à comparer, du point de vue de l’ensemble de la société, les coûts et les avantages encourus par tous les agents, incluant les coûts et avantages n’ayant pas de valeur marchande (Ouranos, L’évaluation des avantages et des coûts de l’adaptation aux changements climatiques, 2008).
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.