Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine

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Impacts locaux des changements climatiques - Gestes à poser

1. Profil

Il est de plus en plus manifeste et scientifiquement soutenu qu’un changement climatique s’opère à l’échelle du globe. On entend par changement climatique le bouleversement à long terme des précipitations, des vents, des températures, de l’intensité et de la fréquence des tempêtes. Un consensus scientifique a reconnu comme cause principale du phénomène l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, tels que le dioxyde de carbone (CO2), les chlorofluorocarbures (CFC), le méthane (CH4), l’ozone (O3) et le protoxyde d'azote (N2O) [1]. Ces gaz à effet de serre induisent une hausse anormale de la température moyenne terrestre, qui génère les changements climatiques.

Dans le golfe du Saint-Laurent, la température moyenne annuelle a grimpé de 0,9°C au cours du dernier siècle, tandis que celle de la période hivernale a augmenté de 1,6°C. Localement, ces augmentations se traduisent par d’énormes répercussions [2]:

  • Élévation du niveau moyen de la mer;
  • Augmentation de l’intensité des tempêtes et de la fréquence des surcotes de marée causées par les tempêtes;
  • Diminution de la période d’englacement en hiver;
  • Augmentation de la température moyenne et écarts de température de plus en plus importants, ce qui augmentera le nombre de périodes de gel et de dégel, diminuera la couverture neigeuse, et augmentera la probabilité des épisodes de verglas.

Les impacts directs de ces changements résulteront en une augmentation probable du taux d’érosion pour l’ensemble du golfe : selon les scientifiques, on doit prévoir d’ici 2050 un recul moyen de 80 m pour le littoral sablonneux et de 38 m pour les falaises rocheuses [3]. Ils anticipent également une augmentation des risques associés à la submersion, au déferlement des vagues et aux inondations, ainsi qu’un ensablement graduel des milieux côtiers situés au niveau de la mer [4].

CC

 

1.1. Sensibilité du territoire

Les deux tiers du littoral de l’archipel sont constitués de flèches sablonneuses et de longs cordons dunaires reliant les îles entre elles. Ces milieux sont naturellement très sensibles aux impacts des changements climatiques, notamment à la hausse du niveau de la mer et aux vents et vagues de tempête, auxquels ils sont de plus en plus exposés étant donné la diminution graduelle du couvert de glace en hiver.

L’autre tiers est constitué de falaises rocheuses, plus ou moins sensibles selon la nature des roches qui les composent. Par exemple, les falaises de grès rouge, très friables, sont particulièrement sensibles aux vagues de tempête, alors que les falaises d’argilites sont davantage affectées par les cycles de gel/dégel associés aux redoux hivernaux. [5] De façon générale, le côté ouest des Îles est exposé à des vagues de tempête de deux à trois fois plus fortes que le côté est [6].

L’occupation du littoral est répartie comme suit : 46,6 % des milieux côtiers sont occupés par les voies de communication (routes, réseaux de télécommunication et d’électricité), 6,8 % par des résidences, 5,7 % sont affectées à la villégiature et 3,4 % au secteur commercial. Enfin, 32 % du littoral est composé d’écosystèmes naturels sans cadre bâti.

Occupation des milieux côtiers


Les thèmes Dunes et plages, Milieux aquatiques et Milieux humides présentent plus en détail la végétation des milieux côtiers. À leur lecture, la forte sensibilité du territoire aux impacts des changements climatiques apparaît clairement. Par ailleurs, les facteurs anthropiques qui augmentent à la fois la sensibilité et la capacité d’adaptation de ces milieux y sont aussi présentés. En guise de rappel, en voici une brève énumération :

  • Artificialisation des rives : En incluant les enrochements réalisés par la municipalité des Îles et le ministère des Transports du Québec pour protéger les infrastructures publiques, le littoral compte actuellement plus de 20 km de côtes artificielles. L’empierrement et les structures rigides de protection provoquent une accélération de l’érosion en amont et en aval des ouvrages (effet de bout).
  • Dragage et immersion en mer : L’immersion au large des sables issus du dragage des ports, havres et chenaux retire du système côtier une quantité importante de sable [7].
  • Dégradation des milieux humides, aquatiques et forestiers : Les milieux côtiers peuvent jouer un rôle protecteur dans l’atténuation des impacts des changements climatiques. Le couvert forestier diminue l’effet érosif du ruissellement sur les côtes et consolide les sols des milieux dunaires. Les milieux humides peuvent également atténuer l’effet du ruissellement et absorber les surplus d’eau temporairement en cas d’inondation. Enfin, la zone côtière marine – selon sa végétation et la structure du fond – a le potentiel d’atténuer la force des vagues avant qu’elles ne parviennent au rivage.
  • Dégradation des milieux dunaires : La circulation des véhicules hors route (VHR) sur les milieux dunaires crée de nombreuses brèches, qui s’ajoutent à celles d’origine naturelle criblant déjà les dunes. Vents, sable et vagues sont canalisés avec force dans ces brèches. Les nombreux sentiers d’accès empruntés par les piétons contribuent aussi - dans une moindre mesure cependant - à créer des brèches.
  • Prélèvement de sable et de pierres : Le prélèvement du sable, de pierre et de gravier sur le littoral n’est pratiquement pas contrôlé sur le territoire. L'offre de matériaux est insuffisante par rapport à la demande actuelle (et s'accentuera dans les années à venir), ce qui entraîne une pression dans des secteurs déjà sensibles aux aléas du climat (les questions relatives à ce thème sont approfondies dans le thème Carrières et sablières).

20 km de côtes enrochéesMultiplication des brèches dans les milieux dunaires

2. Risques

Énoncé des risques : 1) Érosion du littoral, 2) Ensablement des milieux côtiers et 3) Submersion, déferlement, inondation des milieux côtiers.

  • Les acteurs jugent ces risques très probables : ils ont entre 80 et 100% de chances de survenir, et la tendance de cette probabilité est à la hausse.
  • Les impacts de ces trois risques sur les milieux naturels, sociaux et économiques ont été identifiés par les acteurs du milieu, qui ont jugé ensemble de leur gravité.

> Voir la grille d’évaluation des impacts.
> Voir le bilan des actions posées jusqu’à maintenant pour atténuer ces risques.

 

Impacts illustrés sur les milieux naturels:

Impacts des CC sur les milieux naturelsImpacts sur les milieux naturelsImpacts sur les milieux naturels

Impacts illustrés sur les milieux sociaux:

Impacts des CC sur le cadre de vie et les paysagesImpacts des CC sur les milieux sociaux

Impacts illustrés sur les milieux économiques:

Impacts des CC sur les milieux économiquesImpacts des CC sur les milieux économiquesImpacts des CC sur les milieux économiquesImpacts des CC sur les milieux économiques

3. Enjeu

Atténuer les dommages directs de l'érosion, l'ensablement et la submersion des milieux côtiers, tout en visant l’amélioration graduelle des capacités d’adaptation des milieux naturels, sociaux et économiques à ces impacts.

4. Gestes à poser

4.1. Option 1. Doter le territoire d’un plan de lutte et d’adaptation aux changements climatiques.

  1. Élaborer un plan de lutte et d’adaptation aux impacts des changements climatiques[8].

    1. Poursuivre l’évaluation des impacts locaux des changements climatiques et des risques qui y sont associés.
    2. Poursuivre les études visant à prévoir les changements climatiques, anticiper leurs impacts potentiels et analyser les vulnérabilités des milieux naturels, sociaux et économiques à ces changements.
    3. Établir les priorités d’intervention sur le territoire et procéder à une analyse des avantages et des coûts des options identifiées [9].
    4. Rédiger et mettre en œuvre un plan d’adaptation : élaborer le calendrier de mise en œuvre, les porteurs et les mécanismes de suivi et de mise à jour. 

4.2. Option 2. Atténuer les dommages directs dus à l’érosion, à la submersion et à l’ensablement des milieux côtiers.

  1. Poursuivre l'adaptation des règlements de zonage en fonction de la nature des côtes et du degré d’érosion actuel et à prévoir.

  2. Mettre en place un service d’accompagnement des citoyens dont les terrains sont sensibles aux impacts des changements climatiques.

  3. Mettre en œuvre les solutions identifiées par les firmes d’ingénieurs pour stabiliser ou protéger les secteurs prioritaires pour le maintien des biens et la sécurité des personnes. Veiller à ce que les solutions privilégiées favorisent la résilience (maintiennent la capacité naturelle d'adaptation) et maintiennent les fonctions écologiques des écosystèmes naturels en place.

  4. Protéger les milieux côtiers de la pollution due à l’érosion et à la submersion de terrains contaminés situés près du littoral.

  5. Protéger les plans d’eau intérieurs et les milieux humides côtiers de l’ensablement en restaurant les dunes endommagées, en particulier du côté ouest de l’archipel.

4.3. Option 3. Renforcer les milieux naturels sensibles et réduire les pressions humaines exercées sur eux.

  1. Dans les milieux dunaires sensibles aux impacts des changements climatiques, restaurer les dunes endommagées et rationnaliser les accès menant aux plages (voir les interventions proposées dans le thème Dunes et plages, options 2 et 3).

  2. Dans les milieux forestiers sensibles, reboiser les zones fragmentées et prévenir leur dégradation et évaluer le potentiel du reboisement des milieux littoraux pour atténuer les effets de l’érosion hydrique et éolienne (voir les interventions proposées dans le thème Forêts, options 2 et 3).

  3. Préserver la fonction écologique des milieux humides côtiers. Reconsidérer l’importance des milieux humides définis comme faibles et isolés dans le contexte des changements climatiques (voir les interventions proposées dans le thème milieux humides, options 1 et 2).

  4. Prévenir la dégradation de la végétation et l’aplanissement des fonds causés par les activités de dragage et certains engins de pêche dans les milieux marins côtiers sensibles à l’érosion (zone côtière et plans d’eau intérieurs).

  5. Réduire les pressions dues au prélèvement du sable, des pierres et du gravier dans les milieux littoraux (voir les interventions proposées dans le thème carrières et sablières).
  6. Considérer l'enfouissement des réseaux d'électricité dans les secteurs sensibles : réaliser une études coûts-avantages sur cette question.

4.4. Option 4. Réduire la vulnérabilité des milieux sociaux et économiques aux impacts des changements climatiques.

  1. Poursuivre l’évaluation des risques de nature sociale ou économique associés aux impacts locaux des changements climatiques. Inclure cette analyse dans un plan de lutte et d’adaption aux changements climatiques.
  2. Améliorer la diffusion des connaissances sur les impacts des changements climatiques et sur les moyens de s'y adapter.
  3. Diversifier les sources d’énergie disponibles sur le territoire en visant plus d'autonomie, en priorité dans les villages éloignés de l'île centrale.
  4. Protéger, préserver et améliorer le potentiel des nappes souterraines d’eau douce et obtenir l'avis d'experts quant aux impacts prévisibles des changements climatiques sur les nappes d'eau exploitables.

 

 

 

1.
Groupe intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du climat (2007).
2.
Pour en savoir plus : Bernatchez et al. (2008), résumé par Ouranos (2008).
3.
Bernatchez et al. (2008).
4.
Ces prévisions tendent déjà à être révisées à la hausse (l’augmentation prévue du niveau de la mer serait de 1 ou 2 m). Les résultats des données accumulées depuis cinq ans par les chercheurs devraient être publiés en 2012 (Table sectorielle du 8 décembre 2010, dans le cadre du PSIE-1).
5.
Pour en savoir plus : Bernatchez et al. (2008), résumé par Ouranos (2008)
6.
Savard et al., 2008; Gachon et al.,2008, cités par Bernatchez et al., 2008.
7.
Table sectorielle du 19 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
9.
Voir Ouranos, L’Évaluation des avantages et des coûts de l’adaptation aux changements climatiques (2008).
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