Milieux aquatiques - Gestes à poser

1. Le profil en bref    

La zone côtière marine, les plans d’eau intérieurs et les cours d’eau ont été traités en un seul thème. Beaucoup d’attention a été portée dans ce travail aux milieux terrestres : nous les habitons, leur dégradation apparaît aux yeux de tous, leur gouvernance semble moins complexe.

Or l’économie des Îles repose aujourd’hui presque entièrement sur la productivité des habitats marins et la qualité des eaux côtières et du littoral. La pêche, la transformation des produits marins, la mariculture (en émergence), le tourisme et les services associés génèrent la très grande majorité des revenus et des emplois.

Il est difficile à partir des données disponibles de dégager un portrait de l’évolution des écosystèmes marins depuis les dernières années. Ces habitats se sont-ils dégradés ou à l’inverse, sont-ils en meilleur état?  La diversité des espèces qui y vivent est-elle stable ou en déclin? Comment évoluent les fonds? Les sources de pollution d’origine terrestre contaminent-elles les eaux marines? De nombreuses études spécialisées ont pourtant été menées, entre autres sur les effets d’activités précises sur les milieux, sur la qualité des sédiments de dragage, sur la qualité des habitats des espèces commerciales et sur les facteurs qui influencent leur taux de renouvellement. Mais les interrelations sont complexes et il est difficile d’identifier sans erreur expérimentale les effets d’une cause précise sur des habitats aussi dynamiques.

À ces questions viennent s’ajouter celles liées aux effets de la présence d’espèces exotiques envahissantes aquatiques; aux impacts éventuels du changement climatique (acidification, réchauffement des eaux, etc.); et aux effets potentiels des projets d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures au large de nos côtes.

Dans ce contexte marqué par l’incertitude, quelle posture adopter? Quelles personnes doivent s’asseoir à quelle table? Sur quoi doivent-elles se pencher pour qu’à long terme les habitats soient préservés? Sur le renouvellement des espèces pêchées? Sur l’étude d’un écosystème donné, d’une baie par exemple, afin de comprendre ce qui la rend productive et comment les activités humaines retentissent sur elle? Quels savoirs mettre à profit? Quels modes de gouvernance sont les plus adaptés? Des liaisons sont-elles nécessaires avec d’autres régions ou pays?

Dans le monde entier, la gestion des espaces marins est un immense défi, sur lequel se sont penchées de nombreuses nations – la mer Méditerranée à titre d’exemple est bordée par 22 pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie, avec chacun leurs règles et capacités propres –, ainsi les sources d’inspiration sont nombreuses. Sur le territoire, les volontés d’agir semblent assez claires, les actions sont multiples, comme en témoigne notre bilan, et de nouveaux leviers déjà se mettent en place pour une gestion plus intégrée des habitats marins.

POUR EN SAVOIR PLUS :
> lire le profil complet de la situation.
> lire le bilan des actions posées jusqu’à maintenant (PDF).

2. Enjeu

Étant donné leur importance pour l’économie locale, protéger, préserver et mettre en valeur les habitats et les ressources maritimes du territoire.

3. Risques

3 risques ont été identifiés pour ce thème

3.1. 1. La dégradation des habitats et des ressources maritimes (milieux marins côtiers et plans d’eau intérieurs)

  • Les acteurs jugent ce risque probable : il a entre 20 et 40 % de chances de survenir, et la tendance de cette probabilité est légèrement à la hausse.
  • Les impacts liés à ce risque ont été identifiés et les acteurs ont jugé ensemble de leur gravité.

Pour lire la grille d’évaluation des impacts, cliquez ici.

3.2. 2. La pollution des milieux aquatiques (chimique, organique et par les déchets)

  • Les acteurs jugent ce risque probable : il a entre 60 et 80 % de chances de survenir, et la tendance de cette probabilité est légèrement à la baisse.
  • Les impacts liés à ce risque ont été identifiés et les acteurs ont jugé ensemble de leur gravité.

Pour lire la grille d’évaluation des impacts, cliquez ici.

3.3. 3. La présence des espèces exotiques envahissantes aquatiques

  • Les acteurs jugent ce risque probable : il a entre 80 et 100 % de chances de survenir, et la tendance de cette probabilité est nettement à la hausse.
  • Les impacts liés à ce risque ont été identifiés et les acteurs ont jugé ensemble de leur gravité.

Pour lire la grille d’évaluation des impacts, cliquez ici.

4. Gestes à poser

4.1. Option 1. Réduire la vulnérabilité des habitats et des ressources maritimes aux risques environnementaux par la gestion intégrée des habitats aquatiques.

  1. Poursuivre l’adaptation graduelle du cadre juridique, institutionnel et politique en vue d’harmoniser la gouvernance et les mandats des différents acteurs et utilisateurs du territoire marin. Poursuivre les efforts visant à mettre en place une gestion intégrée des habitats et des ressources maritimes, s’appuyant sur une approche écosystémique du système halieutique.[1]
    1. Recentrer les responsabilités liées à la prise de décisions et à la gestion du territoire marin vers le niveau territorial; s’allier aux provinces maritimes du golfe lorsque les enjeux dépassent le cadre régional.
    2. Développer des mécanismes de coordination, de coopération et de communication efficaces au sein des institutions et des groupes d'utilisateurs, et entre eux, à l’intérieur et en dehors du secteur halieutique. Ces instances et acteurs (les parties prenantes) agissent à différentes échelles, dans différents secteurs (transports, pêches, mariculture, tourisme, adaptation au changement climatique, etc.) et sur des parcelles du territoire ou des objets précis liés à leur mandats.
    3. Assurer la participation de plus en plus large de ces parties prenantes à la prise de décisions et à la gestion des habitats des ressources maritimes; explorer par exemple la mise en place de l’approche écosystémique [2] à travers un projet-pilote, pour un habitat qui serait jugé vulnérable;
    4. Rechercher le consensus et assurer la transparence, la légitimité et l’équité dans la prise de décisions; capitaliser sur les savoirs et l’expérience acquis ailleurs au Canada ou dans le monde, et localement par le Comité ZIP et les comités d’usagers des plans d’eau intérieurs.
    5. Mettre en cohérence les règles et les finalités des systèmes de gestion : éliminer les règlements contradictoires et les lois chargées d’effets négatifs involontaires; éliminer les primes qui mènent au surinvestissement dans la capacité de pêche lorsque les moyens de gestion ne sont pas suffisants pour assurer le renouvellement des espèces, etc.
    6. Adopter des approches de gestion souples et adaptatives en contexte d’incertitude. Incorporer le principe de précaution.
    7. Explorer les avenues de développement qui permettraient de réduire les distorsions du marché pour les produits marins, par exemple en misant sur des circuits courts de commercialisation (politiques d’achat local, écocertification des produits, etc.)
    8. Assurer le financement à long terme de la gestion intégrée des habitats et des ressources maritimes.
  2. Identifier les priorités d’intervention en matière d'environnement : affiner et cartographier les pressions actuelles et potentielles agissant sur les habitats et les ressources maritimes. Agir en priorité dans les espaces jugés vulnérables : exposés à différentes pressions, sensibles et fortement exposés aux trois risques identifiés pour ces milieux.
  3. Améliorer les connaissances, la formation et les compétences des parties impliquées dans la prise de décision et la gestion. Recourir aux savoirs scientifiques et aux savoirs des utilisateurs, et les partager, pour comprendre la structure, les processus et le fonctionnement des écosystèmes marins, et les relations entre l’intervention humaine et les changements qu’elle produit.
  4. Insérer ces questions dans un Plan de lutte et d’adaptation aux changements climatiques.

4.2. Option 2. Agir pour réduire les risques de pollution des milieux aquatiques.

  1. Agir en priorité dans les zones jugées vulnérables afin de réduire les risques de pollution ponctuelle ou diffuse.
    1. Mettre en œuvre des mesures correctrices afin de diminuer les risques de pollution liés aux terrains contaminés et aux lieux relatifs à la gestion des matières résiduelles (centre de gestion des matières résiduelles, anciens dépotoirs). Réévaluer ces risques en considérant l’évolution du littoral (recul, submersion) et la hausse du niveau marin (voir les interventions proposées dans le thème contamination des sols, à l’option 2).
    2. Poursuivre les travaux visant la mise aux normes des installations septiques des résidences isolées, en particulier celles situées en amont des milieux aquatiques (voir les interventions proposées dans le thème eaux souterraines, risque de contamination, à l’option 3).
    3. Poursuivre l’installation de collecteurs destinés aux matières résiduelles dans les lieux appropriés : accès aux plages, ports, bateaux, etc.
    4. Poursuivre les travaux visant à restaurer les cours d’eau à potentiel de frai pour l’éperlan arc-en-ciel.
    5. Dans les milieux marins exposés à des risques de pollution d’origine terrestre, améliorer le suivi des paramètres physico-chimiques et organiques de l’eau.
    6. Lorsque possible, restaurer les milieux fortement pollués.
    7. De façon générale, poursuivre les efforts d’éducation et de sensibilisation du grand public. Mieux cibler les campagnes dans le but de réduire les flux de pollution d’origine terrestre.
  2. Mettre à jour le plan d’urgence local en cas de déversement d’hydrocarbures en mer. Former les premiers intervenants.
  3. Poursuivre les efforts de mobilisation pour un moratoire sur tout projet d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent. Veiller notamment à mobiliser la population, les instances et les visiteurs à :
    1. réexaminer les procédures environnementales afin de s’assurer qu’elles soient indépendantes, intégrées et complètes;
    2. assurer une impartialité des processus, en toute transparence et sans conflit d’intérêts;
    3. rehausser les exigences techniques pour rendre les projets plus sécuritaires;
    4. réviser les procédures en cas de déversement d’hydrocarbures et mettre en place des solutions efficaces pour contenir et nettoyer un déversement;
    5. consulter les populations côtières et insulaires sur les orientations énergétiques susceptibles de modifier leur mode vie, et ce, avant toute découverte majeure d’hydrocarbures extracôtiers.

4.3. Option 3. Poursuivre les efforts visant à détecter et contrôler la présence des espèces exotiques envahissantes aquatiques (EEEA)

  1. Poursuivre les démarches de concertation et de recherche visant à mieux comprendre, évaluer, détecter et contrôler la présence des EEEA.
  2. Clarifier les aspects de gouvernance liés au contrôle des EEEA (à quelles instances appartient la responsabilité du contrôle).
  3. Identifier les secteurs les plus vulnérables à la présence des EEEA, afin d’y agir en priorité.
  4. Poursuivre l’élaboration d’un plan d’urgence pour le territoire. Simuler différents types d’interventions à poser à la suite d’une détection précoce.
  5. Poursuivre la formation des usagers de la mer et des observateurs du monde marin (travailleurs d’usines, plongeurs) les plus susceptibles de détecter la présence des EEEA. Poursuivre la sensibilisation afin d’augmenter le signalement.
  6. Poursuivre la mise en place de mesures de prévention : recherche de solutions aux problèmes que peuvent générer la gestion des eaux de ballast, le lest liquide résiduel et les dépôts de sédiments des citernes; travail auprès des marinas afin de cibler les routes de navigation à risque; question des peintures antisalissure; etc.
  7. Assurer le financement des mesures prioritaires.

4.4. Option 4. Mettre en valeur les milieux aquatiques.

  1. Encourager la mise en place d’une aire marine nationale de conservation sur le territoire des Îles de la Madeleine. Engager la communauté locale (usagers, instances, organisations, population) dans toutes les étapes du processus.
  2. Conserver les milieux écologiques d’intérêt pour la faune et la flore et poursuivre les efforts de recherche, de suivi et de protection visant à conserver la biodiversité et les espèces en péril. En assurer le financement.
  3. Déployer le potentiel éducatif des habitats et des ressources maritimes d’intérêt écologique sur le territoire.
    1. Poursuivre les efforts visant à mettre en valeur les habitats et les ressources maritimes dans l’offre touristique, notamment les projets de formation offerts au secteur touristique.
    2. Soutenir les organisations muséales et les centres d’interprétation de la nature.
    3. Sensibiliser les utilisateurs aux bonnes méthodes de pêche et de chasse.
    4. Poursuivre les efforts visant à développer des activités éducatives destinées au milieu scolaire.
1.
FAO, Gestion des pêches.L’approche écosystémique des pêches. Les dimensions humaines de l’approche écosystémique des pêches (2010).
2.
FAO, Gestion des pêches.L’approche écosystémique des pêches. Les dimensions humaines de l’approche écosystémique des pêches (2010).
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.