Biodiversité - Profil complet

Un arbre ne possède pas d’existence indépendante.
Si vous le contemplez, vous constaterez qu’il se dissout en un réseau
extrêmement subtil de relations: la pluie qui tombe sur ses feuilles,
le vent qui l’agite, le sol qui le nourrit et le fait vivre,
les saisons et le temps, la lumière de la lune, des étoiles et du soleil
– tout cela fait partie de l’arbre [1].


Voici le premier thème de ce profil. D’emblée il faut dire qu’il fut traité différemment, de façon transversale, à travers chacun des thèmes étudiés : la biodiversité étant comprise telle une composante essentielle des milieux naturels et représentative de leur état de santé. Nous n’avons donc pas établi de diagnostic territorial à propos de ce concept, mais l'avons utilisé comme critère pour évaluer l'état des milieux.

La biodiversité est le concept utilisé pour désigner la diversité de la vie ou la richesse du monde vivant, dont l’homme est une partie. Notre maison, au dehors, est ce qu’on appelle l’écosystème, un entrelacement inouï et souvent imperceptible de relations entre le sol, l’atmosphère, l’eau, les plantes, les animaux, qui fait en sorte qu’un tout se tient, se maintient, et nous maintient en bonne santé.

Si on s’y intéresse aujourd’hui, c’est que l’action humaine, parfois faute d’avoir vu les signes ou d’avoir pu prévoir, a créé déjà d’immenses déserts sous-marins et terrestres et causé la disparition de nombreuses espèces vivantes. Alors à l’échelle du monde, les pays se sont engagés à réparer les erreurs du passé et à veiller à ce qu’elles se reproduisent de moins en moins.

Préserver la biodiversité ne signifie pas simplement protéger les espèces en déclin; elles ne sont souvent que le signe d’un déséquilibre, une partie de la maison qui s’effrite. Elles nous offrent une opportunité peut-être de voir plus largement, ce qui cloche pour qu’elles n’arrivent plus à survivre.

Comment préserver alors la richesse du monde vivant? Comment repenser l’action humaine pour éviter à l’avenir d’effriter notre habitat, pour arriver à respirer, boire, se nourrir, se chauffer, vivre longtemps et léguer cette qualité de vie aux générations qui suivront?

L’intention tout entière de ce plan stratégique d’intervention en environnement tient dans cette question. Alors voilà pourquoi nous avons traité ce thème différemment. Il apparaît plutôt en filigrane partout, nous invitant à aiguiser nos regards pour voir les liens entre l’humain et la nature, entre les arbres et l’atmosphère, les microorganismes et le sol, l’eau et les poissons, et ainsi de suite.

Nos réflexions sur la biodiversité, notamment en table sectorielle, ont donné naissance aux deux lignes directrices présentées ci-dessous.
Elles nous ont guidées tout au long de la démarche.

1. Percevoir les services que la nature nous rend.


La biodiversité est fondamentale pour le maintien de la vie
et pour la fourniture de services écosystémiques critiques.

Ces services sont essentiels pour supporter l’humain
et la croissance économique.
Organisation pour la coopération et le développement économique [2]


Comme le corps humain, les écosystèmes sont résilients, ils peuvent s’adapter à de grands changements. Les arbres peuvent se défendre contre les maladies, les milieux humides peuvent purifier les eaux usées et même les sols contaminés, et les arbres, jusqu’à une certaine limite, peuvent régénérer l’oxygène.

De façon générale, plus les écosystèmes sont riches (plus la diversité du vivant est grande), plus leurs fonctions écologiques sont productives; et ces fonctions sont à l’origine de nombreux services écologiques dont l’homme peut tirer des bénéfices bien tangibles.

De plus en plus, les instances internationales tentent d’intégrer dans les mécanismes du marché des incitatifs permettant de préserver ces services, qu’elles classent en quatre grandes catégories [3] :

  • Services d’approvisionnement : Plus faciles à reconnaître, les services d’approvisionnement correspondent aux biens prélevés par l’humain pour se nourrir, s’abriter, se vêtir, se soigner ou se divertir. Sur le territoire des Îles, on pense aux ressources de la mer et à celles de la terre qui ont permis la subsistance des générations avant nous et continuent de soutenir l’économie locale; à l’eau potable, au bois des forêts, à la pierre, au sable, au gravier, aux animaux chassés, aux plantes médicinales, aux petits fruits, à l’énergie potentielle du vent, de la biomasse et du soleil.
  • Services de régulation : Ces services permettent de maintenir les conditions propices à la vie humaine : régulation du climat et des crues, purification de l’eau, traitement des déchets, pollinisation, régulation des ravageurs et des maladies. Ces services sont souvent fortement affectés par l’abus des services d’approvisionnement.
  • Services socioculturels : Ces services procurent des bénéfices non matériels, esthétiques, éducatifs, culturels, spirituels et récréatifs (loisirs et écotourisme). Les éléments qui marquent l’identité des Madelinots sont ici, comme ceux qui attirent les touristes sur le territoire, telles la beauté des paysages, la qualité de l’eau et des plages, la richesse des fonds pour la plongée, la présence d’oiseaux rares, etc.
  • Services d’auto-entretien : Ces services sont nécessaires à l’octroi de tous les autres services fournis par les écosystèmes. Ils concernent la constitution des sols, le développement du cycle nutritionnel, la production primaire, etc.

Dans cet ouvrage, nous avons chaque fois tenté d’identifier les biens et services fournis par les milieux que nous décrivions. Ainsi, nous arrivons mieux à voir ce qui est en jeu lorsqu’ils s’effritent, d’un point de vue écologique, oui, mais aussi social et économique.

Dans la section orientations, nous proposons de procéder à l’évaluation économique des avantages et des coûts de l’action (ou de l’inaction) en environnement, parce qu’un sol, une forêt, l’air, l’eau sont autant d’actifs naturels ayant une valeur économique de fait. Dans cette perspective, meilleures seront les connaissances sur le fonctionnement des écosystèmes, mieux serons-nous en mesure de comprendre et chiffrer ce qui est nécessaire à leur maintien et au renouvellement des services qu’ils rendent.

2. Voir les liens entre les parties et augmenter la résilience des milieux.

Dans la Convention sur la diversité biologique – le texte du grand engagement pour préserver la biodiversité qu’ont adopté à ce jour 194 pays –, on lit que c’est dans les petites îles que l’on observe les plus forts taux d’extinction des espèces [4]. C’est là aussi que les effets du changement climatique, de la présence d’espèces exotiques envahissantes, de la dégradation des terres et de la pollution marine ou terrestre sont les plus apparents. Les territoires sont exigus et les milieux étroitement reliés les uns aux autres; ainsi les impacts en un lieu font boule de neige et entraînent d’autres effets sur les écosystèmes voisins.

Les Îles de la Madeleine abritent aujourd’hui 40 espèces d’oiseaux, de plantes et d’animaux marins dont le statut est jugé précaire par le Québec et/ou le Canada. Pour elles donc, en vertu des lois canadiennes et québécoises, des efforts doivent être faits pour conserver les habitats qui les soutiennent et atténuer les pressions qui les dégradent.

La liste à jour de ces espèces est disponible ici.


Les pressions sur les habitats de ces espèces peuvent être de plusieurs ordres :

  • Disparition, fragmentation ou modification des habitats dues aux activités humaines (extraction/production d’énergie, conversion des terres, chalutage des fonds marins, modification des cours d’eau, etc.);
  • Surexploitation : lorsque le prélèvement des ressources excède leur taux de renouvellement (surpêche, chasse abusive, surexploitation du bois, etc.);
  • Pollution organique, chimique et par les déchets (effets sur les espèces, y compris l’humain, et sur les cycles biogéochimiques des éléments essentiels à la vie);
  • Propagation d’espèces exotiques envahissantes et de maladies.
  • Changement climatique et variabilité du climat : ces variations sont parfois trop rapides pour que les espèces puissent s’y adapter.

En élaborant le profil environnemental du territoire, nous avons pour chaque thème tenté de percevoir les pressions qui risquaient de dégrader les milieux, d’augmenter leur vulnérabilité et ainsi de réduire leur capacité à s’adapter aux changements à venir. Certains des gestes que nous proposons visent à restaurer cette capacité d’adaptation (résilience).

La connaissance sur la vulnérabilité des milieux naturels nous invite par ailleurs à concevoir et mettre en œuvre des moyens qui dépassent la cadre de la protection d’espèces spécifiques pour couvrir la gestion intégrée des milieux marins, terrestres et d’eau douce.

De nombreuses actions pour la conservation et la préservation de la biodiversité ont été réalisées ou sont en cours aux Îles de la Madeleine : gestion intégrée des plans d’eau intérieurs, conservation juridique des terres, actions d’inventaire, de restauration et d’intendance des habitats des espèces à statut précaire, etc. Vous trouverez dans le chapitre suivant (diagnostic territorial), pour chacun des thèmes, la description de ces réalisations et les options d’intervention que nous proposons de poursuivre, d’adapter ou de mettre en place pour préserver la biodiversité et la qualité des habitats.

Les images présentées ci-dessous illustrent les différents types d’écosystèmes qui composent le territoire et les statuts de protection aujourd’hui en vigueur.

BiodiversitéBiodiversité_Île Brion_Rocher-aux-OiseauxBiodiversité_Grande-EntréeBiodiversité_Pointe-aux-Loups_Île d'Entrée   Biodiversité_Havre-aux-Maisons_Cap-aux-MeulesBiodiversité_Havre-Aubert

1.
Sogyal Rinpoché, Livre tibétain de la vie et de la mort (1998).
2.
Organisation for economic and co-operation development (OECD).(2010) Recent OECD work on biodiversity. www.oecd.orgdataoecd/63/39/46226558.pdf (page consultée le 20/02/12).
3.
Millennium Ecosystem Assessment (MEA). (2005) Ecosystems and Human Well-Being : Synthesis. [en ligne] http://www.millenniumassessment.org/documents/document.356.aspx.pdf (page consultée le 20/02/12).
4.
Les partenaires de la convention ont adopté un programme de travail entier sur la diversité biologique insulaire. Voir http://cbd.int/island/ (page consultée le 20/02/12).
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.