Dunes et plages - Profil complet du milieu

L’archipel compte environ 435 km de côtes. Les deux tiers sont constitués de flèches sablonneuses et de longs cordons dunaires reliant les îles entre elles. L’autre tiers est constitué de falaises rocheuses. Les dunes couvrent près de 30% de la superficie du territoire et s’étendent sur 230 km.

1.1. Végétation

  • Les dunes sont constituées de sables éoliens fins à très fins. Depuis le sol nu de la plage, elles verront plusieurs stades évolutifs du couvert végétal avant d’être définitivement fixées par la forêt boréale.
  • Les premiers végétaux à apparaître colonisent le haut de la plage, au-delà de la ligne des hautes eaux, là où le sable est sec et volatile. C’est un milieu inhospitalier où seules des plantes bien adaptées réussissent à survivre. On retrouve localement le caquillier édentulé, la sabline faux-péplus et l’ammophile à ligule courte. La végétation des dunes bordières se différencie par rapport au groupement des dunes fixées situées derrière, par la quasi-absence de mousses, de lichens et d’arbustes. Mis à part l’ammophile, qui érige la dune grâce au rôle de ses rhizomes, on y retrouve d’autres espèces herbacées telles que l’armoise de steller, les carex, la verge d'or toujours verte et la gesse maritime.
  • En s’éloignant de la mer, derrière le buttereau, les conditions s’adoucissent graduellement. L’air et l’eau contiennent moins de sel, les vents diminuent, le sable est moins volatile et les sols sont plus riches en nutriments. Des plantes rampantes et des arbustes bas (tel le myrique de Pennsylvanie) commencent à s’y installer, en compagnie des herbacées. Leur présence stabilise le sol. Pour cette raison, cette zone est nommée dune semi-fixée.
  • Un peu plus loin, quelques arbres rabougris, épinettes et sapins apparaissent, ainsi qu’une plus grande variété d’arbustes, de plantes herbacées, de mousses et de lichens. Ensemble ils forment une couverture dense immobilisant presque complètement le sable : on dit alors que la dune est fixée ou boisée.
  • Selon la période de l’année, le relief et la fréquence des inondations, l’arrière-dune est plus ou moins gorgée d’eau douce, d’eau saumâtre ou d’eau salée. Accueillant de nombreuses espèces vivantes, les vastes marais, tourbières et marécages ainsi formés contribuent de façon remarquable à la richesse biologique des Îles.

Composition végétale d'un secteur.     Succession végétale. De la dune à la forêt boréale.

1.2. Un milieu dynamique

  • Les plages et les dunes se transforment continuellement, au gré des vagues, des vents et des marées : cela fait partie de leur dynamique naturelle.
  • En automne et en hiver, les vagues et les vents sont érosifs. Généralement, les plages reculent et s’affaissent et le sable perdu retourne en mer. Selon la dynamique hydrologique et sédimentaire, ce sable sera maintenu dans le système côtier ou les courants l’emporteront au large ou à la dérive le long de la côte.
  • Dès la fin du printemps et au cours de l’été, les vagues sont plus douces et engraissent les plages de sable. Les algues, cailloux et bois échoués, ainsi que les plantes pionnières contribuent à capter et maintenir le sable dans le système dunaire. La pente de la dune devient douce et la plage s’élève.
  • Lorsque le bilan sédimentaire est équilibré, les plages et les dunes regagnent ainsi, à la fin de l’été, le sable perdu en hiver. Mais pour diverses raisons, il arrive que cet équilibre soit rompu et que la plage perde plus de sable qu'elle n'en gagne au cours d’un été. Dans ce cas, la dune reculera graduellement à l'intérieur des terres.
  • Cette dynamique est très variable : des secteurs qui s’engraissaient d’année en année ont soudainement régressé et perdu, en un an, une grande partie du sable accumulé.

1.3. Biens et services écologiques, sociaux et économiques rendus par les milieux dunaires

  • Les cordons dunaires créent les lagunes, les baies et les bassins, et les maintiennent.
  • Le littoral sablonneux est le lieu de pratique de nombreuses activités récréatives (randonnées, observation de la nature, fréquentation des plages, promenades en VHR, chasse et pêche sportives, sports de voile, etc.).
  • Les dunes bordières, les plages et les cordons littoraux submergés absorbent l’énergie des vagues - limitant ainsi l’érosion des côtes - et préviennent l’inondation et l’ensablement des basses terres adjacentes, des plans d’eau intérieurs, des milieux humides, des routes et des habitations.
  • Les dunes bordières et les plages protègent aussi certaines nappes d’eau souterraines : leur dégradation ou disparition risque d’entraîner la contamination de ces nappes par l’eau salée [1].
  • Le littoral constitue l’attrait majeur du territoire pour le tourisme, notamment pour les paysages qu’il offre. Les plages, les falaises rocheuses et les dunes sont au cœur de l’offre récréotouristique.
  • Les dunes abritent une faune et une flore d’une grande diversité, unique au Québec. Les interrelations entre ces espèces enrichissent ces milieux et permettent leur fixation graduelle, de la plage vers l’intérieur des terres.
    • Les insectes y sont nombreux et jouent un rôle primordial dans le maintien des écosystèmes dunaires.
    • Entre 25 000 et 75 000 oiseaux migrateurs fréquentent les dunes et les îlots sablonneux, dont plusieurs sont des nicheurs réguliers [2]. En 2011, on compte 119 espèces nicheuses[3].
    • 14 Zones importantes pour la conservation des oiseaux (ZICO) ont été identifiées sur le territoire des Îles, toutes situées sur le littoral sablonneux ou rocheux [4].
  • Les cordons dunaires relient les îles entre elles et supportent le réseau des transports, les services de télécommunication et les services d’électricité.

Infrastructures menacées         Biodiversité du secteur de l'Est. Voir aussi le thème biodiversité.

1.4. Dégradation et vulnérabilité du milieu

  • L’ammophile à ligule courte est très fragile au piétinement répété. La mort du plant libère le sable, et rend les dunes vulnérables aux vents et aux vagues.
  • De très nombreuses brèches ou déflations (trouées dans la dune) ont été recensées sur les principaux cordons dunaires [5]. Ces brèches, d’origine naturelle ou anthropique, accentuent la vulnérabilité de la dune bordière (vents et vagues accélèrent dans ces passages et en érodent les parois latérales, agrandissant toujours l’ouverture) et exposent les milieux situés derrière aux forts vents, aux embruns salés et à l’intrusion d’eau salée.
  • Depuis 1950, on observe en certains endroits d’importants taux de recul du littoral et un affaissement des côtes basses sablonneuses. Les plages et dunes les plus affectées sont celles situées sur les cordons reliant les îles entre elles. Deux flèches sablonneuses – la plage du Sandy Hook et la Pointe-de-l’Est – sont au contraire en accrétion (s'allongent) depuis quelques années.
  • Plusieurs espèces des milieux dunaires et côtiers sont rares ou désignées en péril au Canada et au Québec :
    • Plantes : aster du golfe du Saint-Laurent, corème de Conrad, genévrier à gros fruits, hudsonie tomenteuse
    • Oiseaux : bécasseau maubèche rufa, engoulevent d’Amérique, faucon pèlerin anatum, pluvier siffleur melodus, pygargue à tête blanche.
    • Pour voir la liste de toutes les espèces à statut précaire sur le territoire, cliquez ici.

2. Pressions sur les écosystèmes dunaires

  • La majeure partie du littoral sablonneux appartient au domaine public et est sous la responsabilité du MRNF. Or, pratiquement aucun mandat n’est délégué localement pour assumer cette responsabilité. Les moyens humains et financiers, ainsi que les dispositions réglementaires actuelles, ne permettent pas la prise en main des défis liés à l’occupation du territoire public [6].
    Tenure des terres

2.1. Constructions et camping sur le littoral

  • Peu de moyens sont disponibles pour gérer les sites de camping et de villégiature situés sur les cordons dunaires, ce qui entraîne plusieurs effets sur le milieu : la gestion des eaux usées est souvent inadéquate, les débris et parfois les habitations sont emportés par la mer, les sentiers piétonniers sur la dune se multiplient, etc. [7].
  • La règlementation quant à la construction sur le littoral et en zones inondables n’est pas encore parfaitement adaptée aux particularités du milieu dunaire, considérant les taux d’érosion actuels et prévus, et considérant l’élévation du niveau de la mer anticipée. Par conséquent, de nouvelles constructions s’érigent dans des milieux vulnérables à l’érosion ou aux inondations [8].

2.2. Circulation des VHR et passages des piétons sur la dune végétée

  • La circulation des véhicules motorisés hors route (VHR) sur la végétation dunaire crée de nombreuses brèches, qui s’ajoutent à celles d’origine naturelle criblant déjà les dunes. Vents, sable et vagues sont canalisés avec force dans ces brèches, créant plusieurs impacts sur les terres, les infrastructures et les plans d’eau situés derrière. Un règlement clair existe aujourd’hui pour encadrer la circulation motorisée en milieux dunaires. Les moyens de mise en œuvre sont encore en développement [9].
  • Malgré la présence de passerelles d’accès menant aux plages, de nombreux sentiers d’accès non balisés continuent à être utilisés par les piétons, ce qui contribue aussi à créer des brèches.
  • Les moyens financiers disponibles pour restaurer ces brèches sont pour l’instant limités et ponctuels.
    Fragilisation des milieux dunaires

2.3. Prélèvement de sable

  • Deux sablières ont été autorisées par le MRNF et le MDDEP, et sont actives sur le territoire. On présume qu’elles sont à la fin de leur vie utile. Or, la demande en sable est toujours très importante.
  • Le prélèvement de sable, dans ces sablières et ailleurs sur le territoire (dans les sablières non autorisées), semble très difficile à encadrer (voir le thème Carrières et sablières).

2.4. Pollution en milieu dunaire

  • Une grande quantité de déchets se retrouve sur les plages : résidus de pêche (filets, bouées, élastiques), bouteilles, sacs de plastique, pneus et autres.
  • Des dépotoirs clandestins y ont aussi été identifiés [10]. Certains contiennent des matières dangereuses et des carcasses d’automobiles.
  • L’utilisation de puisards ou d’installations septiques non conformes pollue certains milieux dunaires.
  • Le centre de gestion des matières résiduelles est situé sur un cordon dunaire. Les eaux de lixiviation contiennent plusieurs contaminants [11].
  • Des sacs de sable contaminé par des résidus d’hydrocarbures ont été enfouis dans les dunes à la suite du naufrage de l’Irving Whale. Il existe un risque faible que le lixiviat soit aussi contaminé par les résidus d’hydrocarbures [12].

2.5. Incidence humaine sur la biodiversité

  • L’achalandage sur les plages en saison estivale, lorsqu’il n’est pas encadré (circulation intensive des VHR, chiens, buggy à voiles, etc.), a une incidence marquée sur la survie des populations d’oiseaux migrateurs, en particulier en saison de reproduction et lors de leur migration automnale. La situation, pour les espèces à statut précaire comme le pluvier siffleur, est préoccupante.
  • Le mandat de protéger la faune au moment de la reproduction est confié aux agents de la faune du MRNF et d’Environnement Canada. Ces derniers ne sont présents que sur une courte période. Les moyens d’appliquer la loi sont limités [13].

3. Pressions futures à considérer

  • Les côtes madeliniennes sont vulnérables aux déversements d’hydrocarbures extracôtiers. Les futurs projets d’exploration et d’exploitation du gisement Old Harry sont très préoccupants et sont à considérer dans l’évaluation des risques liés à ce tableau [14].
  • D’autre part, les projets d’exploitation de gaz naturel (sur terre) ciblent potentiellement des milieux dunaires. Les risques associés à ce type de projets ne sont pas bien connus ; ils sont à documenter et à considérer dans l’analyse du risque.

4. Aspects globaux à prendre en compte

4.1. Changements climatiques

  • Les scientifiques prévoient un recul de 80 mètres des côtes basses sablonneuses d’ici 2050 [15]. Les éléments suivants expliquent ces prévisions (pour en savoir plus, voir les risques associés aux changements climatiques):
    • Augmentation de la fréquence et de l’intensité des tempêtes : érosion hydrique et éolienne des côtes basses sablonneuses.
    • Réduction graduelle de la période d’englacement, signifiant la perte progressive de l’une des importantes barrières contre l’érosion hivernale.
    • Élévation du niveau de la mer.

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Le diagnostic comprend le bilan des actions passées, le risque et ses impacts, les enjeux associés et les options stratégiques pour y répondre. 

1.
La proportion des nappes exploitées ou exploitables qui seraient ainsi affectées n’est pas connue.
2.
Fradette (1992), Rail (2009), Sahlin (2007), Attention FragÎles, Plan de conservation des habitats des espèces en péril (2002).
3.
Entretiens avec Alain Richard (Attention FragÎles)
4.
Une zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) est un site qui fournit des habitats essentiels à une ou plusieurs espèces d'oiseaux pendant au moins une phase de leur cycle de vie (http://www.naturequebec.qc.ca/zico/index1_no.html).
5.
345 accès ont été caractérisés dans le cadre du projet de rationalisation des accès aux plans d’eau intérieurs mené par le Comité ZIP des Îles. La plupart de ces accès sont en réalité des brèches. L’origine de ces brèches est naturelle ou anthropique.
6.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
7.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
8.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
9.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
10.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
11.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
12.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
13.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
14.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
15.
Bernatchez et al. (2008).
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.