Milieux humides - Profil complet du milieu

Note : le terme milieux humides englobe les étangs, marais, marécages, tourbières et prés humides.

  • Les dépressions du terrain, plus fréquentes à mesure que l’on approche du littoral, amènent une diversité remarquable de milieux humides sur le territoire. Ces derniers couvrent environ 8 % de la superficie terrestre et sont répartis entre plusieurs types – marais, marécages, tourbières, étangs, prés humide –, qui peuvent à leur tour être distingués selon la végétation et la nature des sols qui y prédominent. Pour cet exercice, nous nous limitons aux définitions plus générales utilisées par les acteurs du milieu et présentées ci-dessous [1].
  • L’étang est une étendue d’eau permanente ou temporaire, au contour bien défini et souvent bordée d’iris, de quenouilles et de carex [2]. Les nénuphars jaunes y poussent fréquemment. Le grèbe esclavon y niche parfois, ainsi que quelques canards, et des grenouilles vertes y ont été recensées [3].
  • Le marécage est généralement formé d’une nappe d’eau stagnante ou à écoulement lent, dont la teneur en éléments nutritifs est élevée. Il est caractérisé par la présence de plantes arborescentes.
  • Les marais sont inondés périodiquement ou de façon permanente, et présentent une végétation émergée. Les arbres en sont absents et les concentrations en éléments nutritifs y sont élevées. Les marais salés bordent les lagunes et les cordons dunaires ; ils sont périodiquement inondés par les marées ou les vagues de tempêtes, et on y retrouve une végétation halophile (qui aime le sel) constituée surtout de scirpe, de spartine, de salicorne et de jonc [4]. Les marais saumâtres sont quant à eux principalement alimentés d’eau douce, mais les apports d’eau salée, lors de grandes marées ou d’inondations, sont assez fréquents. Enfin, les marais d’eau douce bordent souvent les étangs, et l’eau y est stagnante, douce, moins oxygénée et relativement plus profonde.
  • La tourbière est un milieu gorgé d’eau, propice à l’accumulation de matières organiques partiellement décomposées (tourbe). La végétation y est arbustive ou herbacée et peut être continue ou ponctuée de mares. Le busard Saint-Martin et le hibou des marais y nichent. Les tourbières ombrotrophes (bogs) sont alimentées principalement par l’eau des précipitations et leur végétation est dominée par la sphaigne, tandis que les tourbières minérotrophes (fens) sont alimentées par les précipitations et par les nappes ou les eaux de surface. Elles sont plus riches en minéraux et leur tapis végétal est composé d’herbacées et de mousse brune [5].
  • Le pré humide est une étendue plane, légèrement imbibée d’eau, généralement située le long d’un cours d’eau ou d’un marais. Souvent à sec en été, il apparaît lors des fortes pluies et des crues printanières.
  • La répartition des différents milieux sur le territoire a été cartographiée à quelques reprises, et bonifiée récemment par les travaux du Comité ZIP (2005, 2008). Nous présentons ici une synthèse des données disponibles.
    Types de milieux humides_Grande-EntréeTypes de milieux humides_Pointe-aux-Loups_Île d'EntréeTypes de milieux humides_Havre-aux-Maisons_Cap-aux_MeulesTypes de milieux humides_Havre-Aubert

1.1. Biens et services écologiques, sociaux et économiques rendus par les milieux humides

  • Les milieux humides sont parfois perçus comme des espaces sans intérêt et les services qu’ils rendent sont souvent méconnus. Or leurs fonctions sont essentielles à la qualité de vie sur le territoire.
  • Ces milieux agissent comme des capteurs de pluie, emmagasinant l’eau, la filtrant et lui permettant de percoler tranquillement à travers le sol vers les nappes souterraines. Leur capacité filtrante est exceptionnelle : on estime que la végétation des milieux humides peut filtrer jusqu’à 95 % des bactéries présentes dans l’eau [6].
    Hydrologie
  • Ils régularisent les débits d’eau de surface lors des périodes de crue et d’étiage. En période de crue ils emmagasinent l’eau, puis la redistribuent de façon progressive. Lorsqu’ils sont situés en milieu côtier, cette fonction atténue l’érosion des berges par le ruissellement et l’impact des inondations sur les infrastructures et habitations.
  • Ils fournissent un lieu de prédilection pour les cueilleurs de petits fruits, les chasseurs et les pêcheurs sportifs.
  • Ils fournissent un habitat à une faune et une flore très riches et de grande importance pour la toile alimentaire. Les marais salés offrent notamment de vastes aires d’alimentation, de repos et de nidification à plusieurs espèces d’oiseaux en migration. De nombreux poissons y déposent leurs œufs au printemps, profitant de la chaleur de l'eau et de la productivité du milieu pour assurer le développement des alevins [7].
    Mh biodiversiteBiodiversité (2)     

1.2. Vulnérabilité du milieu

  • Les milieux humides sont intimement liés au réseau hydrographique souterrain et de surface, c’est-à-dire aux nappes souterraines et/ou à d’autres cours d’eau, milieux humides ou milieux aquatiques. Ils forment ensemble un tout à considérer avant d’intervenir sur une partie.
  • Une altération du drainage des eaux dans un milieu humide, même minime parfois, peut modifier de façon drastique ses qualités et sa capacité à maintenir ses fonctions écologiques.
  • Ces écosystèmes sont aussi sensibles à la pollution, notamment à l’excès de matières organiques. C’est en général lorsqu’ils sont sursaturés ou mal drainés qu’ils deviennent nauséabonds. La quantité de matière à traiter excède alors la capacité de la végétation et des sols à la filtrer.

1.3. Indice de qualité

  • En 2005 et 2008, 335 milieux humides de petite dimension ont été caractérisés par le Comité ZIP, principalement sur les noyaux rocheux. Dans le cadre de ce projet, un indice de qualité a été élaboré afin de classer les milieux selon une échelle d’importance écologique et sociale (catégories 1 à 4) [8].
    • Selon cet indice, les milieux de catégorie 1 sont jugés de faible valeur écologique relativement aux autres. Seulement 4 % des 335 milieux humides recensés ont été classés dans cette catégorie. Dans la plupart des cas, l’eau y est présente de façon temporaire, au printemps ou lors de crues exceptionnelles, et ne permet pas l’établissement d’espèces floristiques ou fauniques variées. Il s’agit souvent de très petits milieux humides, isolés et déjà altérés par des activités anthropiques. Ils n’abritent aucune espèce à statut particulier.
    • En contrepartie, 68 % des milieux évalués ont été classés dans les catégories 3 ou 4. Étant donné leurs caractéristiques, on recommande pour ces derniers un statut de conservation afin d’éviter qu’ils ne soient modifiés ou altérés.
      Indice de qualité
  • Par ailleurs, l’état des vastes milieux humides actuellement sous statut de conservation ne semble pas avoir été évalué au cours des dernières années, sauf dans le cadre d’études précises sur des parcelles de territoire.
  • Enfin, plusieurs espèces rares ou désignées en péril au Canada et au Québec ont été recensées dans les milieux humides de l’archipel, dont le râle jaune et le grèbe esclavon. Pour voir la liste des espèces à statut précaire sur le territoire, cliquez ici.

2. Pressions sur les milieux humides

  • Les plus vastes milieux humides appartiennent au domaine public et sont en grande partie sous la responsabilité du MRNF ou d’Environnement Canada. Or, les moyens humains et financiers, ainsi que les dispositions réglementaires actuelles, ne permettent pas la prise en main des défis liés aux pressions sur ce territoire [9].
  • Quant aux milieux humides situés sur des terrains privés, ils font aujourd’hui l’objet d’une réglementation municipale plus sévère, qui tient compte notamment du nouvel indice de qualité développé par le Comité ZIP. Dans les zones agricoles, forestières et de conservation, toute altération ou modification est interdite [10].
  • Plusieurs pressions potentielles sont énumérées ci-dessous. Leur importance relative par rapport aux fonctions écologiques des milieux humides n’est pas connue de façon précise.

2.1. Pollution diffuse : contaminants chimiques, matières organiques et déchets

  • Une partie des contaminants énumérés ailleurs (thèmes sols et eaux souterraines) sont également susceptibles d’affecter les milieux humides. La présence de contaminants physico-chimiques ou bactériologiques dans l’eau ou la végétation n’ayant pas été analysée au cours des dernières années, l’évaluation de leur état à cet égard ne repose que sur des indices visuels. Ci-dessous, les sources potentielles de contamination :
  • Dépotoirs clandestins et déchets liés aux activités récréatives : Des dépotoirs clandestins sont encore actifs sur le territoire ; ils sont souvent situés à proximité ou dans des milieux humides, ces derniers étant autrefois jugés sans valeur. Des déchets sont aussi laissés sur place pendant les périodes de chasse.
  • Terrains contaminés : Certains terrains contaminés ne sont pas encore réhabilités et dans certains cas, le lixiviat qui s’en écoule risque encore de migrer.
  • Déversements accidentels ou manutention de produits dangereux au sol :
    • Stations-service et garage de réparation automobile (hydrocarbures, métaux lourds)
    • Aéroport (le glycol est utilisé durant les opérations de dégivrage sur l’aire de trafic) [11]
    • Accidents de transport terrestre et zones de livraison pour camion
    • Réservoirs de mazout des résidences privées
    • Centrale thermique de Cap-aux-Meules (une membrane étanche limite toutefois les risques de contamination)
  • Lignes de haute-tension (Hydro-Québec)
    • Des fongicides sous forme de pastilles sèches (bore ou fluor) sont insérés à la base des poteaux pour éviter qu’ils aient à être remplacés trop souvent : Hydro-Québec évalue que le remplacement d’un poteau crée plus de dommages à l’environnement que l’utilisation de ces fongicides, qui sont conformes aux normes du MDDEP et peu mobiles dans l’environnement [12].
  • Sels de déglaçage
    • Selon une étude hydrogéologique réalisée entre 2003 et 2005 [13], on note une légère augmentation des minéraux lorsque les puits sont situés près des routes. Or en hiver, comme le sol est gelé, l'eau ruisselle dans les canaux ou en mer au lieu de percoler. Il semble donc que leur utilisation ne constitue pas une source importante de contamination (le risque varierait selon la fréquence des cycles de gel/dégel) et le type de milieu bordant les routes.
  • Pollution diffuse d’origine agricole et utilisation d’engrais ou de pesticides en zones résidentielles
    • L’agriculture occupe environ 5 % des terres émergées du territoire. Des pesticides et engrais chimiques ne sont utilisés que sur une très faible proportion de ces superficies (1,5 %). Ce risque paraît donc très faible [14].
    • L’impact de la pollution par les déjections animales fut soulevé en table sectorielle. L’effet filtrant du sol atténuerait toutefois leur dispersion et aucune donnée ne permet de valider qu'il s'agit d'un problème sur le territoire. La densité d’élevage sur les fermes des Îles (0,73 unités animales/ha) est moindre que celle de l’agriculture québécoise (0.97 unités animales/ha). Il n’y a aucun stockage des fumiers sous forme liquide, ce qui diminue les risques de déversement dans l’environnement. L’étanchéité des entrepôts à fumier demeure toutefois un aspect important à contrôler lorsque ces derniers sont situés à proximité d’un puits, d’un cours d’eau ou de zones coquillières [15].
    • L’utilisation d’engrais ou de pesticides par les résidents, pour entretenir les pelouses, n’est pas documentée.
  • Eaux usées résidentielles
    • Moins de 30 % [16] des habitations de la municipalité sont raccordées au réseau d’égouts, donc 70 % utilisent des installations septiques autonomes. Certaines de ces installations sont inadéquates [17], et ces rejets peuvent contaminer les sols, les nappes et les milieux humides. La municipalité des Îles estime que 75 % des installations autonomes sont conformes [18].
    • À Fatima, à l'Étang-du-Nord, sur les îles du Havre Aubert et du Havre aux Maisons, le réseau d’égouts est encore en bon état, car construit au cours des années 1990. À Cap-aux-Meules, son état varie de « mauvais » à « très bon » selon le type de sol, le type de conduite et l’utilisation de la conduite.
      Pollutions

2.2. Circulation des VHR et piétinement répété

  • Le passage de véhicules motorisés laisse de profondes marques sur la végétation et peut perturber le drainage des eaux, un facteur déterminant dans la dynamique du milieu. Les véhicules sont souvent utilisés pour la chasse, la pêche et la cueillette de petits fruits, ou pour atteindre les plans d’eau intérieurs.
  • Le piétinement répété peut créer un effet semblable, mais dans une très faible mesure.

2.3. Inondation, ensablement, érosion

  • Les vagues de tempêtes, les grandes marées et l’érosion hydrique et éolienne des cordons littoraux et des falaises entraînent des inondations plus fréquentes et un ensablement progressif des milieux humides côtiers. Dans le contexte des changements climatiques, ces modifications sont de plus en plus rapides.

2.4. Expansion domiciliaire

  • Dans le passé, la construction d’infrastructures routières a obligé le remblai ou l’altération de vastes milieux humides. Aujourd’hui, la pression provient surtout du secteur résidentiel, les demandes pour des permis de construction ou d’agrandissement étant de plus en plus nombreuses.
  • La nouvelle réglementation interdit tous les travaux de remblai ou de déblai qui risquent de modifier ou d’altérer un milieu humide, sauf à certaines conditions : la superficie du milieu doit être inférieure à 0,5 hectare, il doit être isolé, son indice de qualité doit être de 1 ou 2 et il doit être situé hors des zones agricoles, forestières ou de conservation [19]. Les citoyens semblent de plus en plus sensibles à la question de la protection des milieux humides : on remarque une hausse de la demande de permis à la municipalité [20].
    Expansion domiciliaire

2.5. Espèces exotiques envahissantes

  • Il ne semble pas y avoir de données précises sur la présence d’espèces envahissantes en milieux humides [21]. Les essences utilisées pour l’aménagement paysager peuvent toutefois constituer un vecteur d’introduction.

2.6. Incidence humaine sur la biodiversité

  • Certaines activités récréatives (circulation des VHR, chiens, cerfs-volants à traction, chasse, etc.), peuvent avoir une incidence sur la survie des populations d’oiseaux, en particulier en saison de reproduction et lors de leur migration automnale. La situation pour certaines espèces à statut précaire est préoccupante. Le mandat de protéger la faune au moment de la reproduction est confié aux agents de la faune du MRNF et d’Environnement Canada. Ces derniers ne sont présents que sur une courte période dans l'année. Les moyens d’appliquer la loi sont limités [22].

3. Pressions futures et aspects globaux à considérer

  • Impacts des changements climatiques
    • Modifications de la dynamique du réseau hydrographique à prendre en compte, notamment due à la hausse du niveau de la mer. Risques potentiels liés à la remontée des nappes, qui pourraient dans certains secteurs atteindre les sols contaminés.
    • Certains milieux sont susceptibles d’être inondés, submergés ou ensablés et ces phénomènes risquent de s’amplifier dans les années à venir. Parmi les lieux menacés, ont été nommés en table sectorielle : l’étang à Ben, la Pointe-de-l’Est, le Havre-aux-Basques, les barachois, le lac de l’hôpital, etc.
      Changements climatiques

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Le diagnostic comprend le bilan des actions passées, le risque et ses impacts, les enjeux associés et les options stratégiques pour y répondre. 

1.
Pour aller plus loin, voir notamment les travaux de Grandtner (1967), Mousseau (1984), Pereira (1994)
2.
D’Amours (1992)
3.
Pouliot et al. (2009)
4.
D’Amours (1992)
5.
Comité ZIP des Îles, Caractérisation, sensibilisation et mise en valeur des milieux humides des Îles-de-la-Madeleine (2005, 2008).
6.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
7.
Larouche (2001).
8.
Comité ZIP des Îles, Caractérisation, sensibilisation et mise en valeur des milieux humides des Îles-de-la-Madeleine(2005, 2008)
9.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
10.
Municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Règlement de zonage no. 2010-08 (2011).
11.
L’urée n’est plus utilisée. Ce produit a été remplacé par le sodium formiate qui n’est pas toxique. | Sur l’utilisation du glycol et sur sa dispersion dans l’environnement, voir http://www.tc.gc.ca/fra/aviationcivile/publications/tp14052-chapitre13-1818.htm
12.
Entretiens avec Gérald Côté, Hydro-Québec (2010).
13.
Groupe Madelin’EAU (2004), entretiens avec Jean A. Hubert, Municipalité des Îles (2010).
14.
Entretiens avec Robert Robitaille, MAPAQ (2010).
15.
Table sectorielle du 1er décembre 2010, dans le cadre du PSIE-1.
16.
4250 habitations ont un système autonome de traitement des eaux usées (fosses septiques), sur environ 6000 (http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/regions/region11/11-gaspesie.htm).
17.
Plusieurs installent par exemple des sorties (tuyaux) qui se déversent plus loin (Table sectorielle du 12 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1).
18.
Ces données sont estimées à partir de constats lors des vidanges de boues de fosses septiques ou lors de visites sur le terrain, notamment à la suite des demandes de permis d’installation septiques. Ce chiffre n’a jamais été précisé, ni actualisé. (Entretiens avec Jean A. Hubert, Municipalité des Îles, 2010).
19.
Municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Règlement de zonage no. 2010-08 (2011).
20.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
21.
Vérifier pour le phragmite commun, s'il s'agit d'un problème sur le territoire (Table sectorielle du 19 janvier 2011)
22.
Table sectorielle du 25 janvier 2011, dans le cadre du PSIE-1.
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.