Sols agricoles - Profil complet du milieu

  • Au total, environ 983 hectares (ha) de terres sont aujourd’hui exploitées par des entreprises agricoles (623 ha sont des sols en culture) [1] . En 2010, les principales productions étaient au nombre d’une trentaine, et réparties comme suit : élevages de bovins, de sangliers, de porcs, de moutons, de vaches laitières, et de poules pondeuses, productions maraîchères conventionnelles et biologiques en serres et en champs, productions de céréales diverses et quelques productions spécifiques (vignoble, verger, etc.) [2].
  • De façon générale, les pratiques respectent l’écologie des sols [3] et ne font que rarement usage de pesticides de synthèse et d’engrais chimiques [4]. Peu ont recours au drainage ou à l’irrigation. En effet, sur 31 entreprises agricoles, seulement trois (9 %) ont une production de taille assez grande pour être soumises à l’obligation d’avoir un plan de fertilisation agroenvironnemental (PAEF), et utilisent des engrais chimiques et/ou des pesticides de synthèse. Leur plan de lutte contre les ravageurs est de type « intégré » ; c’est donc dire que les impacts sur l’environnement sont contrôlés [5].
  • La sensibilité des Madelinots aux nuisances (odeurs, bruits) liées à l’agriculture est très élevée. Cette particularité, toutefois, conditionne l’agriculture davantage qu’elle ne freine son développement, en obligeant les agriculteurs à ajuster leurs pratiques afin de cultiver le bon voisinage [6].

1.1. Biens et services engendrés par l’agriculture et l’agroalimentaire

  • L’industrie agroalimentaire est devenue l’un des cinq volets de la diversification économique de l’archipel. Depuis 2001, l’activité économique reliée au secteur – qui comprend l’agriculture, la transformation et la distribution des aliments – a doublé, atteignant en 2006 plus de 2,8 millions de dollars. Au cours de la même période, les superficies enregistrées au MAPAQ ont toutefois diminué de 20 % : le développement du secteur est surtout dû à celui des entreprises de transformation et d’alimentation. L’augmentation de la plus-value des produits est en effet une stratégie de développement privilégiée par le secteur. Le secteur contribue au maintien de plus d’une centaine d’emplois directs [7] .
  • Les pratiques et les produits agricoles développés sur le territoire contribuent à l’industrie touristique : ils rehaussent la qualité de la table offerte et ils répondent à la demande des consommateurs, qui sont de plus en plus nombreux à rechercher l’authenticité des produits fabriqués ici par des artisans, en harmonie avec la culture locale et l’environnement.
  • Les pâturages et les terres cultivés contribuent à la qualité des paysages et maintiennent l’aspect vivant et entretenu du territoire. L’économie qui y est associée soutient le développement des noyaux villageois isolés.
  • Les bonnes pratiques agricoles améliorent la qualité des sols à long terme, ce qui contribue à atténuer leur érosion par le vent et le ruissellement, et à augmenter leur capacité à emmagasiner, à filtrer et à laisser percoler l’eau jusqu’aux nappes souterraines (pour plus de détails, voir le thème « sols »). À l'inverse, les terres agricoles abandonnées développent une végétation arbustive, leur sol s'acidifie, la qualité de l'écoulement de l'eau diminue et les infrastructures (clôtures, etc.) se détériorent. En outre, lorsque des bâtiments sont construits sur ces terres, les éventuels projets agricoles deviennent moins profitables ou impossibles à développer étant donné les distances séparatrices à respecter pour les installations d'élevage et l'épandage de fumiers et de pesticides [8] .
  • Enfin, la production aux fins de consommation locale contribue à réduire l’émission de gaz à effet de serre due au transport des aliments [9] et réduit la dépendance aux denrées de l’extérieur. À titre informatif, on juge qu’il ne faudrait qu’environ 6000 ha cultivés pour atteindre l’autosuffisance [10].

2. Pressions sur les sols agricoles et les milieux ouverts

2.1. Difficultés d’accès aux terres agricoles

  • Selon une étude des sols réalisée en 2008, 4208 hectares de terres sont propices à la culture ou aux prairies et pâturages [11]. Or, seulement 2487 ha sont actuellement affectés à l’agriculture [12], ce qui correspond à 31 % des milieux ouverts propices et 60% des buttes propices à l’agriculture [13]. En outre, sur les terres actuellement exploitées par des entreprises agricoles, seulement 58 % se retrouvent en affectation agricole. Finalement, près de 90% des terres cultivées n’appartiennent pas aux producteurs, ce qui entraîne un climat d’insécurité et fragilise l’accès aux terres [14].
    Potentiel agricole
  • Il existe donc un problème d’accès de qualité aux terres agricoles. Par qualité, on entend notamment que la durée d’un bail locatif soit assez longue pour que l’investissement dans les sols permette un retour intéressant.
  • Les agriculteurs constatent ainsi la réduction des superficies accessibles, compromettant toute expansion de leur entreprise ou diminuant leur capacité de production [15] . Par conséquent, le taux de terres à potentiel agricole en friche (non cultivées, abandonnées) augmente graduellement.
  • Au début des années 1980, lors de l’instauration de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, les municipalités des Îles de la Madeleine se sont objectées et ont choisi de ne définir aucune zone spécifiquement agricole, laissant la seule possibilité de protection des terres aux inclusions volontaires. Cette décision a finalement conduit à la perte définitive de terres propices à l'agriculture. Ces pertes furent amplifiées au cours des dix dernières années par l’explosion de la villégiature et de la construction domiciliaire. Les activités découlant de la production agricole sont ainsi fragilisées et souvent mises en péril [16] .
    Zonage
  • De surcroît, l’implantation de puits municipaux dans les terres agricoles limite les possibilités de développement puisqu’il est interdit d’utiliser des engrais dans les zones d’alimentation des puits. Enfin, l’enclavage et l’obligation de cadastrer les droits de passage dans la nouvelle règlementation municipale créent une pression additionnelle pour l’accès aux terres agricoles [17].
    Puits municipaux

2.2. Dégradation des sols agricoles

  • L’utilisation des terres agricoles pour produire de la tourbe (décapage) appauvrit les sols et les rend inutilisables dans un horizon économique viable. Sans amendements, il faudrait une vingtaine d’années pour que le sol puisse être à nouveau utilisé [18] .
  • La multiplication des sentiers récréatifs fragmente, compacte et fragilise les terres agricoles.

2.3. Flux ponctuels et diffus de pollution agricole

  • Le bilan de la fertilisation au phosphore pour l’ensemble de l’agriculture aux Îles est bien en deçà de la limite réglementaire (-77 kg/ha) et bien en deçà du bilan de l’agriculture québécoise (-43 kg/ha). Seulement 1,5 % des sols agricoles absorbent des engrais et des pesticides chimiques et on évalue à moins de 1,5 % les superficies cultivées avec un niveau excessif de phosphore [19] .
  • La densité d’élevage sur les fermes des Îles (0,73 unités animales/ha) est moindre que celle de l’agriculture québécoise (0,97 unités animales/ha). Il n’y a aucun stockage de fumiers sous forme liquide, ce qui diminue les risques de déversement dans l’environnement. [20]. L'étanchéité des entrepôts à fumier est un aspect important à contrôler, en particulier lorsque ces derniers sont situés à proximité de puits, de cours d’eau ou de zones coquillières. Les données ne nous permettent pas de savoir si ce contrôle doit être amélioré, ou non.
  • La question du piétinement des berges par les animaux qui viennent s’abreuver est aussi soulevée en table sectorielle, mais aucune donnée ne nous permet de juger de l’importance de cet élément .
    Flux des pollutions

3. Pressions futures à considérer

  • Impacts des changements climatiques [21]
    • Augmentation de la fréquence et de l’intensité des tempêtes : soulèvement de la terre par les vents violents (érosion hydrique et éolienne) et diminution de la protection hivernale qu’offre la couverture neigeuse.
    • Accroissement potentiel du rendement des cultures, vu les hausses de température, mais en contrepartie, la compétition avec les mauvaises herbes, généralement mieux adaptées aux modifications du climat, pourrait augmenter.
    • Les risques d’invasion par les insectes ravageurs pourraient augmenter, et la répartition des espèces pourrait être modifiée au cours des prochaines années. Ce risque pourrait être exacerbé par l’accroissement des échanges (import/export). On rapporte notamment qu’un nouveau ravageur venu d’Europe et installé en Amérique du Nord depuis une dizaine d'années est apparu aux Îles en 2010 [22].
  • Le couvert forestier a un rôle protecteur sur les terres agricoles; selon les secteurs, le déboisement pourrait accélérer l’érosion des sols.
    Pressions

4. Aspects globaux à prendre en compte

  • Dans le contexte économique actuel, vu l’intégration des marchés de l’agroalimentaire, il fut noté que les systèmes de compensation existants pour les fermes utilisant des méthodes de production de petite échelle, plus écologiques ou biologiques n’étaient pas suffisants pour que ces denrées puissent être vendues à un prix compétitif, même localement [23] . Le développement du marché local pour les produits d’ici repose donc en partie sur la conscience des consommateurs, mais surtout sur leur pouvoir d’achat.
  • La volatilité des prix agricoles, liés à ceux de l'énergie, sont des variables sensibles à considérer si l’on veut porter un regard prospectif sur les modes de production agricole futurs aux Îles, en particulier aux fins de recherche d’un niveau d’autonomie et/ou d’autosuffisance, ou à la rigueur, de souveraineté alimentaire [24]. Globalement, la productivité du travail et les volumes de production risquent notamment de décroître sous l'effet de l'épuisement à venir des ressources énergétiques fossiles. Les systèmes de production devront aussi s'adapter davantage à la concurrence des usages des ressources naturelles - eau, sol, énergie fossile, biodiversité.

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Le diagnostic comprend le bilan des actions passées, le risque et ses impacts, les enjeux associés et les options stratégiques pour y répondre. 

1.
Fiche d'enregistrement du MAPAQ 2011.
2.
TCAÎM & BGFIM, Plan stratégique de développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine 2006-2010 (2006).
3.
L’exploitation intensive et non contrôlée du sol peut conduire à un épuisement de la ressource, mais ce n’est pas le cas de la grande majorité des sols agricoles des Îles. Les cultures annuelles qui remettent le sol à nu sans couverture végétale (le rendant vulnérable à l’érosion éolienne et hydrique) ne représentent que 4 % de l’ensemble des terres agricoles.
4.
Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, Mémoire de la Table de concertation agroalimentaire des Îles de la Madeleine, Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (2007).
5.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ) et Sophie Cassis (Bon goût frais des Îles).
6.
La rotation à la ferme de sangliers et le traitement du fumier à la ferme avicole sont cités en exemple lors de la table sectorielle du 1er décembre 2010, dans le cadre du PSIE-1.
7.
TCAÎM & BGFIM, Plan stratégique de développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine 2006-2010 (2006).
8.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ) et Sophie Cassis (Bon goût frais des Îles).
9.
« En 2006, au Québec, le secteur agricole était responsable de 7,5 % des émissions de GES du Québec. Ces émissions sont associées aux pratiques agricoles intensives. À ces dernières, il faut encore ajouter les émissions dues au transport des aliments. » Nature Québec, Module 1, Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques (2009).
10.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ).
11.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ).
12.
Agglomération des Îles-de-la-Madeleine, Schéma d’aménagement et de développement révisé (2010).
13.
Enquête interne réalisée en 2004 par le MAPAQ. Voir Robert Robitaille (MAPAQ).
14.
Table sectorielle du 1er décembre 2010, dans le cadre du PSIE-1.
15.
TCAÎM & BGFÎM, Plan stratégique de développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine 2006-2010 (2006).
16.
TCAÎM & BGFIM, Plan stratégique de développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine 2006-2010 (2006).
17.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ).
18.
TCAÎM & BGFIM, Plan stratégique de développement du secteur agroalimentaire des Îles-de-la-Madeleine 2006-2010 (2006).
19.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ).
20.
Entretiens avec Robert Robitaille (MAPAQ).
21.
Nature Québec, Module 1, Des pratiques agricoles ciblées pour la lutte aux changements climatiques (2009).
22.
Table sectorielle du 1er décembre 2010, dans le cadre du PSIE-1.
23.
Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, Mémoire de la Table de concertation agroalimentaire des Îles de la Madeleine, Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (2007).
24.
Souveraineté alimentaire
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Le Plan stratégique d'intervention en environnement sur le territoire des Îles-de-la-Madeleine est une réalisation d'Attention FragÎles en concertation avec les acteurs en environnement aux Îles-de-la-Madeleine.